Le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est un trouble neurodéveloppemental qui affecte trois grands domaines :
L’inattention (difficulté à rester concentré, à organiser les tâches, à suivre les consignes),
L’impulsivité (agir avant de réfléchir, impatience, réactions brusques),
L’hyperactivité (mouvements incessants, besoin de bouger, agitation interne).
Il ne s’agit ni d’un manque de volonté, ni d’un problème d’éducation. Le TDAH résulte d’un fonctionnement spécifique des circuits cérébraux impliqués dans l’autorégulation, la planification, la motivation et la gestion des émotions.
Ses manifestations varient selon les situations : un enfant peut sembler très régulé dans un environnement et en grande difficulté dans un autre.
Sage à l’école, ingérable à la maison
De nombreux parents de jeunes enfants atteints de TDAH décrivent une situation déroutante :
En effet, à l’école l’enfant paraît concentré, calme, respectueux et à la maison il s’oppose, il pleure, il s’agite et il est irritable. Ce contraste crée souvent :
de l’incompréhension : Pourquoi il se tient bien à l’école mais pas ici ?
de la culpabilité parentale : Est-ce que je fais mal les choses ?
et parfois même du doute de la part de l’entourage ou de l’école : S’il avait un vrai TDAH, ça se verrait partout…
Pourtant, ce paradoxe est fréquent. Et tout à fait explicable.
Pourquoi ce décalage apparaît-il entre l’école et la maison ?
Votre enfant fait un effort énorme pour “tenir” toute la journée
En effet, à l’école, l’enfant doit sans cesse contrôler son corps, gérer ses impulsions, suivre un rythme imposé, rester assis, écouter et se conformer aux attentes.
Pour votre enfant, tout cela demande bien plus d’énergie que pour les autres enfants.
Une structure scolaire qui masque les difficultés/ La maison : un espace où l’enfant s’autorise à “relâcher”
L’école offre un cadre très structuré : horaires, routines, règles constantes, surveillance.
C’est pourquoi, votre enfant peut parfois compenser son trouble par :
l’imitation des pairs,
les repères stables,
les indications verbales répétées,
l’autorité extérieure claire.
À la maison, l’enfant retrouve une figure d’attachement sécurisante. Il libère alors ce qu’il a accumulé toute la journée : fatigue, stress, tension émotionnelle. Ce relâchement peut prendre la forme :
de crises,
d’opposition,
de pleurs,
d’agitation,
d’irritabilité extrême.
Votre enfant ne manipule pas : il s’effondre là où il se sent en sécurité.
Quelles conséquences pour l’enfant et la famille
Pour l’enfant :
épuisement,
irritabilité,
hypersensibilité,
sentiment d’échec (“j’essaie, mais je n’y arrive pas”),
estime de soi fragilisée,
surcharge émotionnelle.
Pour les parents :
fatigue psychique, épuisement
impression de “double visage” de leur enfant,
doutes sur leurs compétences parentales,
jugements extérieurs (“il n’a pas de problème à l’école, c’est chez vous le souci”).
Pour la relation parent-enfant
Les conflits du soir (devoirs, douche, rangement) deviennent des moments explosifs.
L’enfant n’a souvent plus d’énergie pour gérer les demandes des parents.
Le décalage n’est pas un signe d’incohérence du diagnostic.
Il révèle surtout :
un besoin de structure stable,
un besoin de pauses pour recharger la concentration,
une grande fatigue cognitive,
un stress interne important,
un fonctionnement émotionnel intense,
un besoin d’être compris et soutenu, pas corrigé.
Votre enfant lutte et cela se voit.
Voici quelques pistes qui peuvent vous aider
Créer un sas de décompression après l’école
20 à 30 minutes de calme (jeu libre, écran apaisant si utile, lecture, douche, collation).
Aucune demande immédiate.
Un moment de pause réel.
Utiliser des routines très simples et visuelles
tableaux de tâches,
fractionner les tâches, les devoirs
pictogrammes,
Limiter les sollicitations multiples
Le multitâche est extrêmement difficile pour les enfants TDAH.
Privilégier les consignes courtes et ludiques
Une seule consigne à la fois.
Répétée calmement si nécessaire.
Nommer les émotions plutôt que les comportements
“Tu es fatigué et ton corps déborde. On va prendre un moment pour calmer tout ça.”
Coordonner les actions avec l’école
cahier de liaison,
informations rapides sur la journée,
aménagements scolaires pour réduire la charge cognitive.
Conclusion
Lorsque votre enfant donne le meilleur de lui-même à l’école, il mobilise une quantité immense d’énergie mentale et physique que les autres n’ont pas à fournir. En rentrant à la maison, il se retrouve dans un espace sécurisant où il peut enfin relâcher toutes les tensions de sa journée.
Ce décalage est difficile pour les familles mais ce n’est ni un caprice, ni un déficit d’autorité.
C’est l’expression d’un fonctionnement neuro-développemental particulier, qui nécessite compréhension, adaptation et soutien.
Avec un environnement fait de routines, de communication adaptée, de temps de pause, de coopération école-famille, votre enfant peut gagner en équilibre, en confiance et en sérénité.